Lien insolite avec l’alimentation : mon histoire de boulimie

Cet article participe à l’évènement inter-blogueurs « Lien insolite avec l’alimentation ! » organisé par Sophie du blog atout-nutri.com qui partage avec vous comment prendre soin de soi via l’alimentation.

La période d’adolescence fût pour moi une des pires de ma vie. Celle de la naissance des troubles du comportement alimentaire.

La transformation du corps, le regard des autres, une histoire familiale pas toujours facile à accepter… Et, un jour, ce médecin qui dit de moi : “Tu n’es ni grosse ni maigre”.

Vers 17 ans, mon cerveau n’a entendu que la deuxième partie de la phrase : “tu n’es pas maigre” et en a déduit : donc tu es grosse.

Mes lectrices féminines comprendront ce genre de raisonnement ! Ou comment utiliser la moindre remarque pour la retourner contre soi, et en déduire qu’on a besoin de perdre du poids pour être (rayer les mentions inutiles)

  • plus belle
  • plus séduisante
  • plus heureuse
  • mieux acceptée par la société…

Et alors, comme de nombreuses jeunes filles, je décidais de faire attention à ma ligne, à mon alimentation. Perdre juste quelques kilos.

Boulimie

C’est comme si j’avais mis le doigt dans un engrenage dont je mettrais plus de dix ans à me défaire…

donut

L’engrenage des troubles du comportement alimentaire. J’allais au supermarché dépenser mon argent de poche en paquets de bonbons, biscuits (et aussi un peu de maquillage, souvenirs souvenirs !).

Puis, je m’isolais dans ma chambre, en fin de journée et je raflais tout. Un paquet, deux paquets, jusque trois paquets entiers…

Bien entendu, j’ai pris du poids. Evidemment, je n’avais plus faim au dîner. Alors, les repas de famille devenaient une torture.

Comment esquiver ? Quelles excuses trouver pour ne pas manger ?

Car les compulsions ne se déroulent pas de manière joyeuse. C’est comme un comportement automatique, comme si je n’avais pas le choix. J’avais l’impression d’avoir un immense vide intérieur à combler.

Et parce que j’avais commencé à me restreindre au niveau alimentaire, j’étais attirée par tout ce qui me semblait interdit, mauvais, plein de calories. Biscuits au chocolat, fourrés, sablés. Glaces, brioches, bonbons, réglisses…

Lorsque je n’avais plus de stocks, je fouillais dans le placard familial, et je rachetais l’équivalent pour masquer mes bêtises.

Je me sentais si nulle, coupable. Et mal dans ma peau ! Physiquement, de me faire exploser le ventre ainsi. Psychologiquement, plus je craquais, plus je décidais que j’allais me reprendre en main, et moins j’y arrivais !

Alors, après le supermarché, je passais à la pharmacie acheter des laxatifs, pour tenter de limiter les dégâts.

Spirale infernale…

La plongée dans l’anorexie

Un jour, alors que j’étais étudiante et en pleine période de préparation d’examens, je décidais d‘arrêter de fumer. J’étais déjà en surpoids, et l’idée de prendre plus de kilos me terrifiait.

Au point que la spirale s’est inversée : des compulsions alimentaires, je suis passé à un contrôle de plus en plus drastique. J’ai commencé à supprimer des catégories d’aliments, puis à me nourrir quasi exclusivement de fruits, légumes, viande maigre. La pomme était ma meilleure amie pour combler mon pauvre estomac affamé, sans trop de calories.

brocolis

Et j’allais m’entraîner à la salle, courir…. Je me voyais fondre comme neige au soleil, c’était jouissif !

Mes amies de la fac ne me reconnaissaient plus, et me demandaient avec un brin d’admiration comment j’avais fait pour perdre autant de poids ! Puis un jour, en me prenant dans ses bras, l’une de mes copines me fit remarquer qu‘on sentait mes os.

De retour de vacances, mon grand-père qui était venu me chercher, ne m’a même pas reconnue tellement j’avais perdu de poids.

Tout cela s’est fait en l’espace d’un an environ. J’ai dégringolé de 70 à 45 kilos (pour 1m65).

Et puis, une nuit, comme une pulsion de survie me poussa vers le placard où se trouvait une boîte de nougats chinois. Je l’ai dévorée, avec une satisfaction immense. Comme si ce geste me sauvait la vie.

Suite et happy end…

S’en est suivi la reprise des compulsions alimentaires.

J’ai toujours fait beaucoup de sport, avec une relation ambivalente. Il y avait cette motivation sous-jacente à perdre des calories, compenser les excès, limiter les dégâts.

J’étais ronde, mais aussi plutôt ferme et musclée, sans trop de cellulite. Le sport m’aidait aussi beaucoup à prendre confiance en moi, voir mon corps comme un allié et pas seulement un ennemi. J’ai d’ailleurs écrit un article pour savoir si on est Addict au sport.

D’ailleurs, courir un marathon est ce qui a changé ma vie, car cela m’a fait comprendre qu’on pouvait réaliser ses rêves du moment qu’on s’en donne les moyens, et que le surpoids n’est pas un obstacle mais une fausse excuse ! C’est dans ce même esprit que je suis devenue prof de yoga et coach bien-être, pour aider d’autres femmes à réaliser leurs rêves et sortir de cet enfer d’obsession alimentaire.

La guérison s’est faite sur de longs mois, voire années. On imagine que du jour au lendemain, une révélation arrive et les compulsions cessent d’elles-mêmes.

C’est plutôt un chemin, propre à chacun.

Il faut d’abord apprivoiser l’idée de prendre du poids, en se réconciliant avec tous les aliments.

Il faut pouvoir rassurer son cerveau reptilien, en lui montrant que plus jamais on ne va s’affamer.

Parfois, on teste de nouveaux régimes alimentaires (healthy, végétarien, protéines, Weight Watchers) car notre conditionnement continue de nous faire penser que l’alimentation est un sujet de contrôle, de bataille, et que pour manger sain nos assiettes doivent ressembler aux smoothies bols d’Instagram !

smoothie bowl

Et puis, petit à petit, on apprend à se foutre la paix. A manger ce qui nous fait envie.

Trouver le bon équilibre, en gardant du plaisir et la convivialité. Renoncer à une alimentation “parfaite”, à un corps comme ceci ou comme cela.

Alors aujourd’hui, je mange de la brioche au petit-déjeuner, en famille. J’achète des frites car les enfants aiment cela. Et aussi, naturellement j’intègre des légumes, des crudités, du poisson à mes repas. J’aime cuisiner, mais pas tout le temps.

Bref, j’ai appris à m’écouter, à savourer.

Et l’alimentation a repris sa place. Ce n’est que de la nourriture…

 

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13 thoughts on “Lien insolite avec l’alimentation : mon histoire de boulimie

  1. Cécile

    Je découvre ton blog par cet article, très intime et très intéressant ! Je vais prendre le temps de le parcourir car je crois que je vais y trouver beaucoup de contenu de valeur. Merci !

  2. Delphine

    Merci pour ce bel article et ce témoignage “poignant”! Tu as traversé de sacrées épreuves et je ressens que tu en es ressortie plus forte. Bravo à toi!! Ton article me parle beaucoup car enfant, j’ai été boulimique et adolescente, j’ai été anorexique. Je connais par exemple cette souffrance qui est d’avoir faim en permanence même en sortant de table. Aujourd’hui, tout est rentré dans l’ordre heureusement!

  3. yseult

    C’est un très beau témoignage, qui explique bien les comportements alimentaires compulsifs. PAs facile d’en sortir ! Bravo pour ton combat, ton acceptation. Cela donnera sûrement du courage à tous ceux qui en souffrent.

    1. Claire Castagne

      Merci Yseult ! Il m’a fallu du temps pour l’écrire, comme un point final, pour tourner définitivement cette page… et bien sûr toujours avec le but d’aider ceux qui en souffrent ! Merci pour tes encouragements et jolis mots 🙂

  4. Marina

    Bonjour Claire, merci pour ton témoignage sincère et touchant. Je me reconnais beaucoup dans ce combat face à l’alimentation. Le chemin est très long pour en sortir, il faut juste accepter d’avoir des périodes plus compliquées et ne pas s’en vouloir de prendre du poids. La vie est un cycle et on s’adapte comme on peut. Mais il faut surtout comprendre que l’alimentation doit être en premier lieu rééquilibré dans la tête puis ensuite dans l’assiette !!

    1. Claire Castagne

      Merci beaucoup Marina pour ton partage et toutes ces pistes ! Eh oui, les régimes sont bien souvent un déclencheur plus qu’une solution… c’est un problème complexe et multi-dimensionnel, d’où l’importance d’être patient et doux avec soi-même ! Au plaisir d’échanger 🙂

  5. Nicolas

    Très joli témoignage ! Merci de vous être livrée et d’avoir trouvé les mots pour faire comprendre à des gens qui ne comprennent pas comment de tels troubles, excès peuvent exister. On imagine la souffrance ! Mais le happy-end de votre article donne ra de l’espoir j’en suis sûr à toutes les personnes (hommes ou femmes) qui traversent la même situation.

    1. Claire Castagne

      Merci mille fois pour ce beau message Nicolas ! Je me dis que le but de l’article est atteint si ça donne de l’espoir ne serait-ce qu’à une personne ! Je me sentais tellement démunie à l’époque, j’essaye de créer le contenu qui m’a manqué car oui, le happy-end en vaut la peine !

    1. Claire Castagne

      Merci beaucoup Marie pour ton retour ! Je trouve que la phrase que tu as choisie est la clé de la guérison : la bienveillance et le lâcher-prise…. mais le problème avec le lâcher-prise : c’est comme quand tu dis à quelqu’un d’énervé « mais calme-toi ! », ça a plutôt l’effet inverse 😆

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